À Pointe-Noire, la résidence Bondeko, portée par le Bilili BD Festival avec le soutien de l’Institut français du Congo, a fait le choix d’un format entièrement consacré aux femmes et aux arts narratifs. Une résidence pour créer mais aussi pour réfléchir à la manière dont une pratique artistique peut s’inscrire dans un véritable parcours professionnel. C’est précisément sur ce second volet que je suis intervenue.
Du talent à la construction d’un parcours professionnel
Être artiste ne signifie pas seulement créer.
Il faut aussi apprendre à parler de son travail, présenter un projet, identifier ses forces, développer son réseau, saisir les opportunités et trouver sa place dans un environnement professionnel qui n’est pas toujours simple à décrypter.
Pour les femmes artistes, la question de la posture et de la légitimité peut prendre une dimension supplémentaire dans des environnements parfois difficiles.
Mon intervention auprès des 12 résidentes de Bondeko a donc pris la forme d’un coaching très concret, directement connecté à leurs projets et à leurs interrogations.
Il ne s’agissait pas de leur dire ce qu’elles devaient devenir, mais de les aider à mieux identifier ce qu’elles avaient déjà entre les mains et à réfléchir à la manière de le développer.
Partir de chaque artiste
Illustration, scénario, écriture, slam, narration…
Les pratiques et les univers étaient différents. Et c’est justement ce qui rend ce type d’accompagnement passionnant. Je crois peu aux formations descendantes lorsqu’il s’agit d’accompagner des professionnels de la création.
Je préfère partir des personnes, de leurs projets, de leurs questions et parfois aussi de leurs doutes.
- Où est-ce que je veux aller ?
- Comment présenter mon travail ?
- Quelle est mon identité artistique ?
- Quels sont mes besoins en professionnalisation ?
- Avec quels autres professionnels pourrais-je collaborer ?
- Quels réseaux dois-je développer et comment ?
- Comment toujours respecter une posture professionnelle notamment sur les réseaux sociaux ?
Derrière ces questions apparemment simples et plein d’autres se joue souvent une partie importante de la professionnalisation.
La résidence permet également de décloisonner les pratiques. Une illustratrice peut découvrir les possibilités offertes par d’autres formes de narration ou par une approche transmédia et envisager soudain son travail autrement. C’est ce qu’exprimait notamment l’une des participantes à l’issue de Bondeko, en racontant combien les échanges et les nouvelles approches découvertes pendant la résidence avaient élargi ses perspectives.
Le coaching est d’abord une interaction
Ce que je retiens surtout de cette expérience, ce sont les échanges. Une participante l’a d’ailleurs parfaitement résumé en expliquant que ce qui l’avait particulièrement marquée était l’interaction entre les résidentes et moi-même.
C’est exactement ainsi que je conçois mon rôle.
Je peux apporter mon expérience, ma connaissance des écosystèmes culturels africains et internationaux, mon réseau et ma capacité à identifier des passerelles. Mais l’objectif n’est jamais de plaquer un modèle.
Il est de permettre à chaque personne de repartir avec une vision plus claire de ses possibilités et, surtout, avec l’envie d’agir.
Pour clarifier certains aspects de leur identité et de leur positionnement, nous sommes passées par l’étape de la mind-map. Un outil qu’elles ont découvert et qui, en tant que personnes créatives, elles ont adoré et adopté. Cela a permis de faire émerger rapidement plein d’idées et même de les interconnecter.
Créer des passerelles
Dans les secteurs culturels, un talent isolé reste souvent… un talent isolé.
La mise en réseau est donc une dimension essentielle de mon travail.
Faire connaître un artiste à un éditeur, identifier un festival pertinent, créer une connexion avec un professionnel d’un autre pays, ouvrir une piste de collaboration : ce sont parfois de petites mises en relation qui produisent, quelques mois ou quelques années plus tard, de véritables opportunités.
C’est aussi pour cela que des initiatives comme Bondeko sont importantes.
Elles offrent un espace de création, mais également un espace de rencontre, de confrontation des idées, de confiance et de projection.
Et après la résidence ? Le plan d’action pour poser les premières étapes de progression
Une résidence réussie ne devrait pas se mesurer uniquement à ce qui s’est passé pendant quelques jours. Son véritable impact se voit après : dans un projet que l’on ose présenter, une collaboration que l’on engage, une nouvelle manière de parler de son travail, un contact que l’on active ou simplement dans une ambition que l’on s’autorise enfin à avoir.
Pour permettre ces avancées, chaque participante a travaillé sur son plan d’action personnel. Et j’ai eu un rendez-vous individuel avec chacune d’elles pour questionner ce plan d’action et le rendre le plus réaliste et réalisable possible.
Voir certaines participantes repartir de Bondeko boostées, avec de nouvelles perspectives et l’envie d’explorer d’autres possibilités, est sans doute pour moi le meilleur indicateur de l’utilité de cet accompagnement.
Car professionnaliser les acteurs culturels, ce n’est pas seulement transmettre des outils.
C’est aussi leur permettre de mieux voir leurs propres ressources, de prendre leur place et de connecter leur talent à un écosystème beaucoup plus large.
Et c’est exactement ce que j’aime faire sur le terrain.
La Résidence Bondeko était organisée par :
Avec le soutien de :
