Le secteur de la bande dessinée se développe beaucoup en Afrique mais c’est une bulle qui semble parfois refermée sur elle-même. Or ma vision globale des marchés fait apparaître des axes de progression nécessaires, des connexions essentielles à construire entre réseaux, des collaborations qui pourraient s’avérer fructueuses. Je voulais ainsi investiguer ce secteur et la meilleure opportunité était résolument le Bilili BD Festival à Brazzaville (Congo) qui fêtait ses 10 ans (1-8 décembre 2025).
Un évènement moteur : le BILILI BD Festival
S’il a démarré, il y a 10 ans, avec 200 visiteurs, le Bilili BD Festival peut fièrement afficher une fréquentation d’environ 12 000 personnes aujourd’hui mais ce n’est pas tout. Se déroulant dans l’enceinte de l’Institut français du Congo, il fait salle comble (et même débordante) à chaque temps fort, que ce soit l’inauguration, la finale de Cosplay, … Pourquoi ? Parce qu’au fil des années, ce festival a su créer un attachement particulier avec les jeunes et évoluer dans le sens de leurs attentes.
Au-delà des animations durant ces 5 jours, le Bilili BD Festival aura réussi à faire émerger un vrai écosystème de la BD au Congo. Ainsi des jeunes dessinateurs, éditeurs, cosplayers s’affirment et s’appuient sur le Bilili pour afficher leur présence. Beaucoup d’énergie se dégage de cette jeunesse engagée.
Découvrir cet écosystème de la BD congolaise
Depuis plusieurs mois, je suis en lien avec de jeunes éditeurs congolais. Les rencontrer signifie étudier comment ils travaillent, découvrir leurs points forts et leurs axes de développement, comprendre leur modèle économique, cerner leurs besoins, écouter leurs projets, leur apporter une vision plus globale à l’échelle de l’Afrique, imaginer des passerelles possibles notamment avec le secteur de l’édition jeunesse, … Ces 5 journées ont permis des échanges passionnants sur le plan professionnel. Pour moi, cela m’a apporté des clés de compréhension essentielles et a élargi mon réseau. Pour eux, nos échanges ont largement dynamisé certains aspects de leur métier.
Booster une collaboration entre les deux Congo
Entre Kinshasa et Brazzaville, il n’y a que le fleuve Congo à traverser. Partant de cette constatation et du fait qu’il y avait trop peu de collaboration entre les deux Congo, j’ai soutenu la venue de Youssef Branh des éditions Mikanda. Par ailleurs, Ghislain Kabuyaya, éditeur à Goma, avait été soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie pour participer au Bilili BD Festival.
L’occasion unique pour avoir une réflexion commune avec les éditeurs de Brazzaville sur les pistes de collaboration possibles.
La venue de ces deux éditeurs de RDC a permis 6 cessions de droits en bande dessinée du Congo Brazzaville vers la RDC. Formidable de se dire que ces histoires vont traverser le fleuve et rencontrer des publics voisins mais nouveaux.
Plein d’autres idées ont émergé et elles donneront probablement lieu à de chouettes projets.
Accompagner les éditeurs congolais
C’était une étape essentielle de ce voyage prospectif. Tout d’abord, un dialogue franc, direct qui a mis l’accent sur l’importance d’attribuer des ISBN à tous les titres publiés. Première petite victoire, les 4 éditeurs concernés ont concrètement franchi ce pas. Deuxième enjeu : éradiquer (oui oui c’est une guerre féroce) les fautes d’orthographe inacceptables dans les bulles ! Aujourd’hui avec les outils IA, ce n’est plus excusable.
Enfin troisième enjeu : ne pas se focaliser uniquement sur la création mais penser sa maison d’édition en modèle économique et ouvrir des voies de diffusion plus nombreuses. Grand sujet dans lequel mon ancienne posture de libraire est très utile sur l’identification des marchés potentiels.
Les éditions Graphik Noir, sous l’impulsion de Franck Nzila Malembe, ont réuni une quinzaine d’éditeurs et de dessinateurs pour une réunion sur les logiques de collaboration et de développement. Un temps fort où chacun a pu prendre la parole et où plusieurs idées ont émergé. Une plateforme whats app est née de cette réunion et elle nous permet de garder le lien en partageant des idées.
Sensibiliser les institutions
Découvrir cet écosystème de la BD congolaise, participer au Bilili BD Festival, dialoguer avec les éditeurs sont des étapes essentielles vers une meilleure analyse des potentialités de ce secteur. Aussi j’ai tenu à rencontrer Hervé Peltier, conseiller culturel de l’ambassade de France pour partager cette vision, échanger sur les pistes de développement, croiser nos regards.
Dans la même logique, j’ai produit un rapport complet pour l’Organisation internationale de la Francophonie qui soutenait ma venue à Brazzaville dans le cadre de la mobilité des acteurs des industries culturelles et créatives. L’idée est d’y partager mon analyse du marché et des évolution possibles.
Apporter une vision professionnelle au Bilili BD Festival
La demande essentielle de Joëlle Epée Mandengue, fondatrice du Bilili BD Festival, à mon égard était « Agnès apporte-nous ton regard décentré, la franchise de tes remarques, l’identification de nos axes d’évolution notamment par rapport au volet professionnel de l’événement ». C’est dans cette direction que j’ai réfléchi, analysé et que nous poursuivons nos échanges à distance. Ce festival a un potentiel extraordinaire et une renommée internationale. Il fêtait ses 10 ans en décembre dernier. Donc réfléchir à la prochaine décennie s’inscrit donc une logique positive.
Multiplier les dialogues
J’ai enfin rencontré Sébastien Célimon, fondateur de l’agence PLeaSe et des Rencontres internationales du Webtoon, qui habite pourtant à 40 km de chez moi ! Retrouver Njoka Suyru de Zebra Comics (Cameroun) toujours aussi dynamique et positif. Faire la connaissance d’Alice Hérault alias Livanart, championne de France de cosplay, et découvrir cet univers avec lequel je ne suis pas familière. Dialoguer avec Selim Busuru, dessinateur et éditeur venu du Kenya. Et plein d’autres chouettes échanges avec des professionnels du Cameroun, de Guinée, du Togo, du Rwanda.
Cétait aussi une belle occasion pour que j’anime deux tables rondes sur les cessions de droits en essayant de créer des passerelles avec d’autres expériences internationales et en croisant aussi les échanges avec le fonctionnement des maisons d’édition en Afrique.
Ce voyage prospectif était très productif pour les acteurs que j’ai rencontrés comme pour moi, me permettant d’affiner ma vision des marchés du livre en Afrique. Plein d’idées ont émergé de ces échanges. Certaines aboutiront probablement, d’autres non, mais l’essentiel est de continuer à avancer dans cette belle logique collaborative d’un réseau du livre qui se développe en Afrique.
Un grand bravo à Joëlle et Jean-Jacques Epée Mandengue qui sont d’un engagement impressionnant. Depuis 10 ans, ils font vivre et grandir le Bilili BD Festival et c’est remarquable. Ils savent s’entourer d’une équipe de bénévoles très impliqués. Je ne peux que vous conseiler de suivre cet événement sur les réseaux sociaux et de découvrir son site web. Le Bilili BD Festival se décline aussi en Bilili Pop-up comme à Conakry (Guinée). On continue à cheminer ensemble …
► https://bilili-bd.com/
► https://www.facebook.com/BililiBDFestival/
► https://www.instagram.com/bililibdfestival/
Ce voyage prospectif était soutenu par

