Pour la quatrième année consécutive, une délégation de 18 libraires d’Afrique francophone à la Sharjah Booksellers Conference, organisée les 19 et 20 septembre 2026 par la Sharjah Book Authority, aux Émirats arabes unis.
Deux journées intenses, marquées par les retrouvailles entre professionnels, mais aussi par la découverte de nouveaux libraires qui accomplissent un formidable travail de terrain pour développer l’accès au livre et à la lecture dans leurs pays.
18 libraires d'Afrique francophone
Chaque année, l’un des enjeux consiste à identifier des libraires encore peu présents dans les réseaux professionnels habituels, mais dont le travail mérite d’être reconnu et accompagné.
Faire découvrir à ces professionnels d’autres réalités, les encourager à élargir leurs horizons et leur donner accès à des rencontres internationales constitue une dimension essentielle de l’engagement d’ADCF Africa.
La participation à un tel événement représente une formidable source de motivation. Elle permet aux libraires de confronter leurs pratiques à d’autres modèles, de prendre du recul sur leur activité, mais aussi de mesurer la valeur de leur propre expérience et de développer de nouvelles ambitions.
La diversité des profils au sein de chaque délégation constitue en elle-même une richesse : libraires expérimentés et professionnels plus récemment installés, structures établies ou initiatives émergentes, contextes économiques et territoriaux très différents.
La professionnalisation des libraires au cœur des échanges
La Booksellers conference a proposé un programme particulièrement riche de tables rondes animées par des professionnels internationaux.
Parmi les thématiques abordées : la diversification des revenus des librairies indépendantes, les stratégies de communication, l’intelligence artificielle, les solutions logistiques, le développement des communautés de lecteurs ou encore la transformation des librairies en véritables lieux de vie culturelle.
Des libraires et distributeurs venus notamment d’Inde, d’Égypte, d’Espagne, de Malaisie, du Canada, des Philippines ou d’Ukraine ont partagé leurs expériences, leurs réussites et leurs modèles économiques.
Ancienne libraire et forte de nombreuses années d’expérience sur le terrain africain, j’accorde une importance particulière à ces échanges entre professionnels. Les problématiques évoquées me sont familières : approvisionnement, gestion des stocks, équilibre économique, fidélisation des lecteurs, animation des espaces et accès aux nouveautés éditoriales.
Ces rencontres sont d’autant plus intéressantes qu’elles permettent de confronter des réponses différentes à des difficultés souvent communes.
Chaque délégation constitue ainsi une nouvelle occasion d’apprendre collectivement. Les tables rondes ouvrent des perspectives professionnelles, tandis que les échanges informels entre libraires permettent de partager des solutions concrètes, des expériences réussies, mais aussi les obstacles rencontrés au quotidien.
L’apprentissage est réciproque : chacun apporte son expérience, ses idées et sa connaissance du terrain. Et les discussions se poursuivent bien au-delà des séances officielles, autour d’un repas, entre deux conférences ou lors des rencontres entre membres de la délégation.
Le PEJA : faire rayonner la littérature jeunesse africaine
Cette édition a également été l’occasion pour Will Clurman (CEO de eKitabu et fondateur du PEJA) de présenter le Prix de l’édition jeunesse africaine (PEJA) et sa sélection de titres finalistes et lauréats.
L’enthousiasme des libraires face à la découverte de ces ouvrages confirme l’importance de développer leur diffusion sur le continent africain.
Car la valorisation de la création éditoriale africaine doit également s’accompagner d’une véritable stratégie de distribution pour permettre aux livres de rencontrer leurs lecteurs.
Pour accompagner cette ambition, et après avoir longuement échangé avec les libraires, il a semblé logique que les deux distributeurs présents assureront la logistique depuis trois points stratégiques : Dakar, Abidjan et Douala. Un dispositif destiné à faciliter l’approvisionnement des librairies et à renforcer la circulation des livres jeunesse africains.
Un réseau humain et professionnel qui grandit
Au-delà des conférences, la richesse de ces rencontres réside aussi dans les liens humains qui se construisent au fil des éditions.
Ce formidable réseau de libraires d’Afrique francophone que j’accompagne à l’international, se consolide chaque année. Les retrouvailles, les nouvelles rencontres et les liens d’amitié qui se créent renforcent le dialogue, encouragent le partage d’expériences et favorisent les collaborations entre professionnels.
La confiance qui s’installe progressivement entre les libraires est précieuse. Elle facilite les échanges d’informations, les recommandations, les initiatives communes et l’entraide face aux difficultés du métier.
Peut-être parce que je connais intimement les réalités de la librairie en Afrique, ces moments de partage constituent l’une des grandes satisfactions de mon travail : voir des professionnels qui ne se connaissaient pas quelques jours auparavant repartir avec de nouveaux contacts, des idées, une motivation renforcée et le sentiment d’appartenir à un réseau solidaire.
C’est aussi dans ces rencontres, parfois informelles, que se construit progressivement une chaîne du livre africaine plus connectée, plus professionnelle et plus dynamique.

